mercredi 18 mars 2015

Réverbère mars2015

Femme cactus

Elle avançait seule le portant au bas du dos juste au-dessus de la ligne du popotin; son objet de tous les jours. Un Felco, son sécateur planté dans un étui en cuir véritable d’où sortaient deux poignées, rouge vif, toujours disponible. Jardinier au féminin et horticultrice redoutable.
Jzl marchait d’un pas court et décidé toujours à la gauche droite, gauche droite. C’était son genre. Femme forte sortie du rang et de taille très moyenne, elle savait imposer ses conditions, jusque dans le bureau de ses contremaîtres surtout masculins.
Au Service des parcs, son ancienneté lui avait permis de s’assoir dans un poste de chef d’équipe derrière le volant d’un Ford pick up blanc, de location.
Sans casquette, même si en porter aurait paru plus conforme à sa nature, Jzl pouvait abattre sous un soleil de plomb un quart de travail intense. Affectée depuis des années à l’entretien des parcs et des îlots de verdure durant la saison estivale, Jzl portait en elle la vocation d’ouvrière horticole tout comme une connaissance aiguë du monde végétal.
Lorsque venait, comme à chaque année, l’opération de plantation des annuelles dans le terre-plein de l’avenue Atwater, les chefs d’équipe tenaient à se concerter afin de mener à terme ce que plusieurs qualifiaient d’opération d’enfer. Dans le bruit, la circulation rapide ou lente, la chaleur, la pluie et parfois les insultes des automobilistes, mille géraniums avec en bordure  des plants retombants devaient être plantés avant le traditionnel long weekend de mai.

C’est elle qui souvent prenait les commandes de l’opération de la côte du marché Atwater. Puisque sachant manier la politesse jusqu’à l’insulte, Jzl ne reculait que devant la sécurité des travailleurs menacée.
À une reprise, elle avait su virer un camion et son chauffeur; la livraison d’un trois verges de terre, après avoir constaté que celle-ci était de la terre noire uniquement. Retourne ça au clos lui dit-elle. « Je n’en veux pas. Entre ici que de la terre à jardin amendée et de l’engrais granulaire à libération lente. Décrisse avec ton truck! » Dans l’entre faites, apparaît une femme accompagnée d’un homme à l’allure de plombier. S’en suit quelques mots d’échange entre les deux femmes pour entendre de la bouche encore tendue de Jzl : « La plantation sera terminée par le quart de soirée. L’irrigation de nuit est confirmée et les gicleurs seront activés par le service d’aqueduc.»
Frustré de s’être fait ordonner la mesure, le camionneur en question dû à contrecœur se replier, clencher son six roues et repartir avec son voyage de terre indésirable. Mais pourquoi? Jzl n’avait que faire des compromis ou du propos fleurette. Dans son gène à elle, il n’y a toujours eu qu’une seule bonne manière de faire son boulot… son œuvre. C’était la sienne. Hélas! Que trop souvent aux yeux de certains et certaines.
Il ne restait qu’à tout ramasser et décamper avant de recevoir un avis musclé du Service de police, signifier l’heure de pointe imminente. 15h30 était à leur trousse avec un soleil bientôt dans le rétroviseur.

http://louisjardin13.blogspot.ca/.

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