mercredi 12 novembre 2014

Réverbère novembre 2014



Le vert se dégrade…

J'aurais pu tout aussi bien intituler ma chronique: La pelle ferrée. Après tout, novembre, c'est le mois où, souvent, les gens enterrent leurs souvenirs estivaux. Exit la saison, c'est comme une vitrine. Une mode, un style, des teintes qui partent au vent.
Mon ami Maurice revient toujours sur ce fait : le dépouillement de la végétation. C'est vrai, dans les rues, l'automne fait jaser. De quoi? De météo, au passé, au présent et à venir. Ensuite, on se met à théoriser autour de sujets d’actualité, d'Halloween et de superstitions. Mais en cette matinée d'automne, Maurice, s'arrête un instant, le temps d'observer le passage de cette lourde barge chargée de garnottes concassées.
Il est là, immobile, émerveillé, devant la progression des travaux du nouveau pont. Décidément, le pont bascule dans la modernité avec de nouveaux espaces qui seront finement aménagés. Les rosiers qui ornaient le terre-plein du côté nord renaîtront. C'est ce qu'il espère. Il se dit que des roses autour d'un pont de fer, ça compensait pour la robustesse de la structure. En effet, ce qu'il a pu voir dans le monde imaginaire et virtuel des concepteurs, c'est qu'il n'y aura pas que du béton, du bitume et de l'acier, dans ce projet du nouveau pont. On y verra, des piétons, des vélos, des fauteuils roulants, des scooters, des autos et de l'aménagement floral. Donc, l’œil ne sera pas en reste. C'est certain, ce nouveau pont-bascule risque de devenir une populaire carte postale. La Ville n'avait peut-être pas le choix. Il faut être en accord avec son image médiatique faite de bosquets, de plans d'eau, etc. Et surgira bientôt, cette création dans le paysage urbain.
Feuillage persistant ou caduc, arbres à aiguille ou arbre à feuille, pour Maurice ces choses du quotidien ne sont pas toujours simples à saisir. Mais que veut-il bien comprendre au juste, ce Maurice ? Qu'il est en train de vieillir dans l'Île, une saison à la fois? Qu'il oublie ?
C'est en raclant les feuilles tombées sur le perron de sa demeure qu'il va prudemment. Il veut éviter de faire à son tour une chute qu'une feuille trop mouillée sous son pied aura provoquée. Il ne peut que constater ce départ graduel du vert estival.
Plus jeune, il lui était arrivé d'entendre prononcer un mot, pas trop familier à ses oreilles. Le mot chlorophylle. Oui, chlorophylle, en un coup. Voilà ! Juste à entendre prononcer ce terme, il lui arrive de penser, à nouveau, à ce choix, jadis, celui d'une carrière à l'image de celle de son professeur de sciences naturelles. Surtout à la botanique, et à tous ces petits matériaux présents dans la nature.  Respiration, photosynthèse, oxygène et enfin le gaz carbonique libéré. Avec le vert qui se dégrade, Maurice songe à la signification des nuits fraîches et des jours courts. Voilà le coloris retrouvé.
La barrière se lève, le feu est vert. Maurice traverse le pont bleu et retourne chez lui avec ses souvenirs et ses coloris.



Aucun commentaire:

Publier un commentaire