vendredi 1 avril 2011

Le jardin de Sendaï

Le jardin de Sendaï
L’autre jour, je me suis mis à rêver d’un jardin à la fois zen à la fois japonais. À distance, je pouvais discerner des formes de vie que l’on reconnait que tout naturellement dans le paysage qui nous entoure. À l’intérieur, on y comptait deux imposantes pierres assises, l’une mâle, l’autre femelle et veinée de couleurs. Mais avant tout et tout autour, l’eau immobile présentait un monde d’éléments, un univers, le nôtre comme si ce que je voyais avait été déposé à mes pieds. Au-delà des pierres, un pont en forme d’arc-en-ciel, mais construit de bois et sur lequel étaient penchés deux visiteurs admiratifs. Dans l’eau transparente, de lourdes carpes rouges ou grises mangeaient ce que le fond voulait bien leur offrir de particules de toutes sortes. Un tableau tiré du réel, complet et réussi où m’apparaissait un vallon, devant, une bande de verdure ornée de végétaux aux motifs printaniers. Bienvenue au jardin de Sendaï.
Un amélanchier blanc de fleurs accompagnait un pin recourbé, battu par le vent. Ensuite, un érable du Japon sur le point de donner des feuilles tandis que sur le versant sud, des cerisiers décoratifs déployant des fleurs tout entières et défiant les forces naturelles parfois si brutales à l’homme et à la vie. Je voyais, bien ancré par une forte tige au lit de l’étang, des fleurs de bouddha, des lotus en devenir. Pour continuer ma visite, des nymphéas, des iris, des pivoines arbustives, véritable atomiseur à parfum, tous en présence de bambou servant de clôture végétale. Tout de ce paysage montait sur scène comme un spectacle sur le point de commencer. Bien plus, un jardin sec composait la cour intérieure du pavillon. Une mer de gravier dans laquelle se reposaient des îlots de pierres en forme de tortue et non loin, un banc disponible à tous. Sur ces pierres, des mousses statiques et intemporelles pour l’esprit surchargé de beauté. Pour la cérémonie du thé, une lanterne témoignait du nécessaire temps d’arrêt. Le jardin de Sendaï affichait un silence de grue, où des mains habiles et vigoureuses avaient su donner à la matière, une âme singulière. Que dire de plus de ce jardin semi-nordique sinon qu’il semblait appartenir au simple regard des passants.

Mais un jour de mars, le ciel a basculé. Le jardin de Sendaï a été frappé par l’air salin venu du large et de la puissance des grands fonds. Au même jour de printemps, les oiseaux se sont tus et ce paisible jardin de symboles a soudainement senti toutes ses formes s’entremêler pour se dissoudre dans une mer épaissie et lourde d’objets de toutes sortes. De séisme en raz de marée; aux survivants de Sendaï, de sa préfecture dévastée, dont la maison et le jardin leur servaient de refuge dans des temps plus sereins, des souvenirs heureux, j’ose espérer, viendront germer et renaître au fond de leur imaginaire. Au pays nippon, c’est dans l’art inébranlable du jardin à image que chacun puise toute son intensité et beaucoup de patience après tous ces tremblements venus de nulle part.
Normand Hébert
http://louisjardin13.blogspot.com/
Photo : Le pont plat, Jardin Van Dusen, Vancouver.

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