vendredi 1 avril 2011

Bienvenue au pays des bulbes

Des jonquilles aux paniers bio
Jaune comme dans jonquille ou jonquille comme dans soleil, il faut bien le reconnaître, avec le soleil tout devient possible au pays des bulbes. Je me suis retrouvé tout autrement, en cette journée rurale de mars, sur cette route étroite, et autour, des nuages qui venaient de partout. Au loin, l’autoroute 17, grouillante de véhicules de tous genres et enfoncée dans l’horizon, au bout, un champ au repos. Je me suis vite senti enveloppé d’or et de vert comme si ces couleurs emblématiques empruntées aux légendes du temps allaient m’introduire dans un conte familial.
Fêtes et financement
Oui, un conte, et c’est bien à partir d’une simple transaction entre deux voisins, quelques sacs à l’essai, il y a de ça plus de cent ans, que depuis des bulbes de jonquille sont cultivés à grande échelle dans cette île de Vancouver. Cette année, encore des millions sortiront de terre pour être récoltés par des mains de travailleurs migrants ou sédentarisés. Des gestes exécutés par des mains agiles d’ouvriers agricoles au dos incliné et persistant lesquels arrivent à satisfaire à la demande grandissante pour cette fleur coupée printanière. Un couteau bien affuté, de petits élastiques, un code barre au coup et c’est parti. Posséder du désir de gagner, de paquet en paquet tant qu’il fera beau et qu’il en aura. Des millions de bulbes de jonquilles sont bon an mal an, dès les premiers froids mis en terre et en mars récoltés afin de répondre au besoin des clients. Il en existe un en particulier dont le défi, de nos jours, est de taille. De quelques centaines livrées au début des années cinquante, la Société canadienne du cancer de Toronto en a fait sa marque de commerce et fait en sorte de propulser l’entreprise familiale de Saanich, au rang de premier producteur de jonquille au Canada. Un rappel annuel à tous les Canadiens et Canadiennes que la jonquille est devenue synonyme de détermination afin d’enrayer cette maladie. Vainqueur et d’espoir, nous serons. Des 18 millions, autour de dix millions de ces fleurs coupées, emballées, réfrigérées seront finalement distribués, sur le point d’éclore entre vos mains, un peu partout au pays, pour cette occasion.
Fête des mères, Pâques ou campagne de financement les tulipes, les jonquilles ou narcisses sont des éléments recherchés malgré le côté éphémère de leur nature. Qu’une entreprise de type familiale ait réussie à conquérir un tel marché après cinq générations, il faut reconnaître le flair et la ténacité de ses dirigeants. Lentement, cette réussite a débuté que très modestement à l’époque des défricheurs. Contrairement, aujourd’hui, des fortunes sont érigées en moins d’une génération dans des domaines volatiles comme la bourse, l’électronique voire de l’immobilier.
Fleurir et nourrir
En agriculture ou en horticulture, des choix s’imposent et il faut prendre des risques et souvent avoir à jongler avec les lois de la nature et celles du marché. Une entreprise doit se diversifier et c’est bien ce à quoi la direction de la maison Vantreights est en train de réaliser. Le discours prend forme et se traduit par une pratique agricole qui répond aux enjeux environnementaux actuels. À ses tous débuts, précédent les jonquilles, le premier de la dynastie Vantreights venue d’Irlande s’était lancé dans la culture des petits fruits sauvages dans le secteur qui aujourd’hui porte de nom de Gorden Head situé près de l’Université de Victoria. Je vous l’accorde, le temps des pionniers est bien révolu. Mais en ce XXIe siècle, une tendance forte se dessine autour de l’agriculture biologique, le panier bio et des aliments de proximité. C’est le sillon dans lequel l’entreprise semble avoir choisi de s’engager. À en croire l’ingénieur agricole responsable à la production, le contexte actuel est tout à fait favorable à la diversification et à l’introduction d’une telle pratique. Aujourd’hui, le producteur de jonquille tente d’assurer sa viabilité et son avenir et propose à sa municipalité une modification à la loi sur le territoire afin de permettre la réalisation d’un projet domiciliaire. Le débat entourant la question des terres agricoles et l’étalement urbain continue à animer, partout au Canada, de vives discussions.
Normand Hébert
Article paru dans l'Express du Pacifique de Vancouver, 25 mars 2011



Photo: Juliette Hébert

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