vendredi 25 février 2011

La gastronomie vue de Victoria, (Express du Pacifique 01 2011)

L’image, le message et la gastronomie
Par où débuter une chose pareille? La gastronomie ou dit différemment le culinaire. Un terme dont la racine grec peut se résumer à l’art, et beaucoup de bonne chère. Il m’est arrivé que peu d’occasion d’aborder ce sujet passionnant. D’ailleurs, le mot lui-même est quelque peu difficile à prononcer lorsqu’on pense au mot gastro et à ses maux. Ça me hante l’esprit. On ne peu arriver à parler de gastronomie sans devoir parler longuement soit d’agriculture soit d’horticulture et finalement aboutir au potager et par extension à la cuisine. Mais enfin, le sujet est trop vaste, je vais devoir vite me positionner m’imposer la discipline. Essayons de bien manger deux fois par jour et faisons du troisième, au menu le jeûne.

Gastronomie, certains n'y voient que du plaisir et bonnement des protéines à ingurgiter pour ensuite mieux les éliminer. Une sorte de vie sportive, une fournaise humaine qui fait qu’on mange pour ensuite brûler le tout. Tandis que d'autres animés par de lucratifs désirs y voient à travers le client, l'esthétique alimentaire, l’œil admiratif et satisfait de celui au ventre repu. Après tout, c’est l’appât et ensuite l’appât du gain. Plus direct, je dirais mieux, je crois que nombreux sont les gourous de la restauration rapide de la bouffe tout à fait obsédés à l'idée de se faire un nom, une étiquette web et ensuite y récolter une soupière du fric. Depuis que j’habite Victoria, il m’arrive de passer du temps au resto. Ce n’est pas par désir d’offrir un pourboire amical ou de payer la toute dernière taxe harmonisée à la princesse et riche province que je fréquente ces lieux publics. Je me pointe au resto pour jaser avec un ami ou lorsque je suis seul, alors c’est par besoin de me sentir entouré. C’est comme ça la petite gastronomie. On ne regarde pas toujours ce qu’il y a dans notre assiette. C’est simple, tu as faim, tu manges. Depuis ma venue dans l’île de Vancouver, cinq ans sonnés, j’avais cette fois l’honneur et la joie de réveillonner à la maison. Oui, à domicile, c’est pour un joli nombre de mes concitoyens l’unique et meilleur endroit ou s’offrir un petit festin gastronomique à prix alléchant. Tout était en place pour la dinde nuptiale et biologique que nous avions commandée. Cependant, pour des raisons tout à fait humaines, le plan de match du Réveillon s’est déroulé autrement. À ce dérapage de dernier instant, nous avons choisi et solidairement de nous offrir un repas du temps des Fêtes à l’hôtel Empress. Hé oui! Le monument, rien de moins. Quelle expérience gastronomique! Un service, qu’un seul chacun, pour les trois adultes que nous étions, sans alcool. Oh! chocolat! Pour Juju, adolescente, ce n’était pas suffisant et s’est ajouté un dessert, digne de la salle à dîner le Bengale de style coloniale. Quel service! De partout il venait. Poliment et ensuite je dirais simplement de circonstance. La nourriture était à la hauteur de l’institution, (oui, l’Empress est une institution tout comme le Parlement sied à deux pas de là) assiette irrégulière, portion juste, présentation réussie, et en toute sobriété. Le saumon venait des eaux froides du pacifique tandis que pour l’agneau, d’une tendreté je l’admets, je soupçonne qu’il provenait de quelque part dans l’Île. D’accord, j’aurais pu m’offrir beaucoup plus. Un, j’étais invité et deux, considéré qu’un rhume imposteur m’enlevait tous plaisirs de la table. Somme tout, l’expérience gastronomique était au rendez-vous. L’addition? Ça, c’est très personnel mais chacun a eu droit à sa part de gâteau. À fréquenter un tel lieu, certains m’envierons. D’autres me désavouerons.
C’est comme lorsque je vais à l’occasion au petit resto des cols bleus municipaux situé de biais avec le célèbre pont bleu. C’est pas tout à fait la même clientèle mais l’on mange un solide déjeuner pour un peu plus qu’un rien. Après tout, la gastronomie lorsque l’on a un véritable creux c’est quoi au juste?

Voilà! De nos jours, on a tendance à tout foutre dans le même plat. Cuisine minceur, cuisine santé, sécurité alimentaire, haute cuisine, resto bio et j’en passe. Du temps que j’étais adolescent, dans la vallée ou j’ai grandi (pas Gandhi) deux briques servaient d’appui-livres. D’un côté la Bible, de l’autre La Cuisine Raisonnée. Deux piliers de l’existence : la foi et le foie. C’est vrai qu’on y allait généreusement dans le sucre et sel tout aussi blanc l’un que l’autre. Cependant ma famille a toujours visé la pratique d’une saine nutrition. Juste en un clin d’œil souligner que l’agriculture, l’alimentation et la gastronomie se chevauchent au-delà de mon enfance, jusque dans la nuit des temps.
Aujourd’hui, je continue à célébrer la gastronomie, je m’adonne au jardinage et retient que la fraîcheur est l’ingrédient premier pour couronner un plat de succès. Pour le reste, je tente de m’en tenir à un déjeuner de roi, un dîner princier et un souper de mendiant. Pas facile de demeurer debout, en équilibre dans un monde azimuté d’images et de messages.
Bon appétit!
Normand Hébert
Victoria
• Publié dans l’Express du Pacifique, 14 janvier 2011, sous le titre : La gastronomie vue de Victoria

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